Silymarine : ce que contient l'extrait de chardon-Marie
Rédaction Futures Nutrition · 14 août 2026

Silymarine : ce que contient l'extrait de chardon-Marie
La silymarine n'est pas une substance unique, c'est le nom collectif d'un groupe de molécules apparentées issues du fruit du chardon-Marie — six représentants principaux, nommément cités dans la pharmacopée. C'est précisément de là que vient la difficulté pratique devant le rayon : deux boîtes peuvent contenir la même matière première et porter malgré tout des chiffres différents. Qui veut comparer a besoin de trois indications — combien d'extrait, quel rapport drogue-extrait, combien de silymarine — et doit savoir avec quelle méthode le troisième chiffre a été mesuré. Cet article explique les trois.
La silymarine est un mélange, pas une molécule
Les flavonolignanes représentent 1,3 à 3 % du fruit sec de chardon-Marie (rapport d'évaluation de l'Agence européenne des médicaments, EMA/HMPC/294188/2013). Ils se forment dans la plante lorsque le flavonoïde taxifoline se lie à un constituant de la matière ligneuse — d'où le nom, formé de « flavone » et « lignane ». Comme plusieurs points de liaison et formes en miroir sont possibles, le résultat n'est pas une substance homogène mais un mélange.
La composition admise pour ce mélange est fixée par la monographie de la Pharmacopée européenne relative à l'extrait sec raffiné et normalisé (Ph. Eur. 01/2019:2071). Les proportions ne se rapportent pas à l'extrait, mais à la silymarine qu'il contient :
| Constituant | Part de la silymarine | Remarque |
|---|---|---|
| Silibinine A + silibinine B | 40–65 % | la fraction la plus importante en quantité |
| Silicristine + silidianine | 20–45 % | à peine détectables dans le sang |
| Isosilibinine A + isosilibinine B | 10–20 % | isomères de position de la silibinine |
Les six ont la même formule brute (C₂₅H₂₂O₁₀) et la même masse molaire (482,4). Ils ne diffèrent que par la façon dont les deux constituants sont reliés. Pour l'analyse, c'est une contrainte : des substances de même masse ne peuvent pas être séparées par la masse, mais seulement par leur comportement en chromatographie.
Qu'un extrait tombe dans ces fourchettes n'a rien d'évident. Le rapport d'isomères obtenu dépend du solvant et du procédé — la pharmacopée admet l'acétate d'éthyle, l'acétone, l'éthanol et le méthanol, purs ou avec de l'eau.

De 2 % dans le fruit à plus de 50 % dans l'extrait
Un produit apportant 100 mg de silymarine par comprimé ne peut pas être fabriqué avec du fruit moulu. À 2 % de teneur, il faudrait 5 grammes de poudre — plus qu'il n'en tient dans un comprimé. D'où l'extraction : le solvant dissout les flavonolignanes et laisse derrière lui l'huile, les protéines et l'amidon.
Le degré de concentration est décrit par le rapport drogue-extrait (DER). Il indique quelle quantité de matière première correspond à une unité d'extrait. La monographie de l'Union européenne du comité des médicaments à base de plantes (HMPC) de l'EMA du 5 juin 2018 (EMA/HMPC/294187/2013) recense pour les fruits de chardon-Marie les préparations suivantes :
| Préparation | Rapport drogue-extrait | Solvant |
|---|---|---|
| Extrait sec | 20–70:1 | acétone |
| Extrait sec | 30–40:1 | éthanol 96 % |
| Extrait sec | 20–35:1 | acétate d'éthyle |
| Extrait sec | 26–45:1 | acétate d'éthyle |
| Extrait sec | 36–44:1 | acétate d'éthyle |
| Extrait sec | 20–34:1 | méthanol 90 % |
| Extrait mou | 10–17:1 | éthanol 60 % |
Du DER se déduit un calcul de plausibilité grossier. Si 20 kg de fruit contenant 1,5 à 3 % de silymarine donnent 1 kg d'extrait, la teneur de cet extrait s'établit au maximum à 30 à 60 %. C'est exactement la fourchette que la pharmacopée prévoit pour l'extrait normalisé : 30 à 65 % de silymarine, la teneur réelle devant se situer entre 90 et 110 % de la valeur déclarée.
Pour des rapports plus élevés, le calcul ne tient plus — à 70:1, bien plus de 100 % serait arithmétiquement possible, ce qui montre que la limite n'y est pas l'arithmétique mais le rendement. Un DER élevé ne signifie donc pas automatiquement une teneur élevée en silymarine ; il signifie d'abord seulement qu'une grande quantité de matière première a été employée.

Les trois chiffres sur la boîte
On peut dès lors lire ce qui figure sur une boîte. Un exemple pris dans notre propre gamme : l'extrait de graines de chardon-Marie 20:1 est déclaré à 80 % de silymarine, ce qui donne 100 mg de silymarine par comprimé, auxquels s'ajoutent 100 mg d'inuline de racine de chicorée. À rebours : pour 100 mg de silymarine à 80 % de teneur, il faut 125 mg d'extrait, et 125 mg d'extrait au rapport 20:1 proviennent de 2,5 g de fruit.
L'erreur la plus fréquente au moment de comparer consiste à prendre le premier chiffre pour le troisième. « 500 mg d'extrait de chardon-Marie » ne dit rien de la teneur en silymarine — ce peut être un extrait à 30 % (150 mg de silymarine) ou un extrait à 80 % (400 mg). Inversement, une petite quantité d'extrait n'est pas un défaut si la teneur est élevée. Seule l'indication de silymarine est comparable.
Un coup d'œil aux médicaments autorisés montre l'étendue de la pratique. Le rapport d'évaluation de l'EMA recense la composition des produits commercialisables dans l'UE :
| Pays | Extrait par unité | correspond à la silymarine |
|---|---|---|
| Croatie | 150 mg (DER 26–45:1) | 100 mg |
| Allemagne | 82–111 mg (DER 35–40:1) | 60 mg (HPLC) |
| Belgique | 173,0–186,7 mg (DER 36–44:1) | 140 mg ou 108,2 mg |
La dernière ligne n'est pas une coquille. Elle mène au véritable écueil.
Deux méthodes de mesure, deux chiffres pour le même extrait
Pour le même extrait belge, deux valeurs de silymarine figurent dans les dossiers : 140 mg par la méthode DNPH (un procédé photométrique) et 108,2 mg par HPLC. La même gélule, le même contenu, deux chiffres — la différence tient uniquement à la méthode.
La photométrie mesure au moyen d'une réaction colorée et capte au passage des composés apparentés qui ne sont pas des flavonolignanes. La chromatographie liquide haute performance (HPLC) sépare d'abord les constituants et ne compte que les six substances définies. Elle livre donc la valeur la plus basse et la plus spécifique.
| Extrait | photométrique | par HPLC | Écart |
|---|---|---|---|
| DER 35–40:1, acétone | 70 mg | 60 mg | environ 17 % |
| Acétone 95 % | 140 mg | 108,2 mg | environ 29 % |
C'est la raison pour laquelle une boîte annonçant « 140 mg de silymarine » n'en contient pas nécessairement plus qu'une boîte annonçant « 108 mg ». Si la méthode n'est pas précisée — et, pour les compléments alimentaires, elle ne l'est presque jamais —, deux chiffres d'origine différente ne sont pas directement comparables. Cela explique aussi pourquoi des teneurs déclarées au-dessus de la fourchette de 30 à 65 % de la pharmacopée existent : une valeur déterminée par photométrie se situe environ un cinquième à un tiers au-dessus de celle déterminée par HPLC. Pour les compléments alimentaires, la monographie de la pharmacopée n'est de toute façon pas contraignante.
Pourquoi la mention « calculée en silibinine » figure aussi
Parce que la silymarine est un mélange, l'analyse a besoin d'une substance de référence. Les deux monographies de la pharmacopée retiennent pour cela la silibinine : le fruit doit contenir au moins 1,5 % de silymarine, calculée en silibinine (Ph. Eur. 01/2014:1860), et la même grandeur de référence vaut pour l'extrait. La mention n'est donc pas une formule marketing, mais l'indication du standard par rapport auquel la mesure a été faite.
Ce que l'organisme en absorbe
La silymarine est pratiquement insoluble dans l'eau, et cela marque son comportement dans l'organisme. Le rapport d'évaluation de l'EMA résume ainsi les données : la silibinine n'est absorbée que partiellement depuis le tube digestif (23–47 %), en fonction notamment des substances qui l'accompagnent dans l'extrait. Les concentrations sanguines maximales sont atteintes après environ deux heures, dont près de trois quarts sous forme liée ; la demi-vie est d'environ six heures. 20 à 40 % de la dose sont éliminés par la bile, environ 5 % seulement par les urines.
Deux détails y sont intéressants pour le choix d'un produit. Premièrement : la silicristine et la silidianine étaient très faibles, voire indétectables, dans le sang et la bile — la fraction qui représente 20 à 45 % de l'extrait n'apparaît quasiment pas dans l'organisme. Deuxièmement : dans une étude menée chez neuf personnes, un complexe silibinine–phosphatidylcholine a atteint dans la bile une disponibilité relative de 420 % par rapport à la silymarine ordinaire (Schandalik et coll., 1992). De tels complexes expliquent pourquoi certains produits travaillent avec des milligrammages nettement plus faibles — ici encore, le chiffre nu ne porte pas la comparaison à lui seul.
L'effet du moment de la prise et du repas sur l'absorption relève de la prise et non de la qualité de l'extrait ; quelle partie de la plante est réellement transformée, et pourquoi l'étiquette indique « graines » plutôt que « fruits », figure dans Chardon-Marie : plante, origine et utilisation.
Ce qu'un complément alimentaire a le droit d'en dire
Pour le chardon-Marie et la silymarine, il n'existe aucune allégation de santé autorisée au titre du règlement (CE) n° 1924/2006 ; les demandes portant sur les substances végétales sont en suspens depuis des années. Un complément alimentaire décrit donc ce qu'il contient — extrait, rapport, teneur en silymarine — et ne dit rien de ce qu'il est censé produire. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain.
Concrètement : pour ces produits, la déclaration est le seul critère de distinction solide. Qui lit les trois chiffres en sait plus sur une boîte que n'en révèle sa présentation. Les produits de la gamme qui relèvent de ce sujet figurent dans la catégorie foie.
Deux indications de la monographie européenne s'y ajoutent, indépendamment de la teneur : l'hypersensibilité aux astéracées est une contre-indication, et pour la grossesse, l'allaitement ainsi que pour les moins de 18 ans, les données sont insuffisantes. La silibinine inhibe en laboratoire les enzymes CYP3A4, CYP2C9 et UGT1A1 ; la portée clinique de ces interactions n'est, selon l'EMA, pas bien définie.
Questions fréquentes
Un extrait 80:1 vaut-il mieux qu'un extrait 20:1 ? Pas nécessairement, et les deux chiffres sont souvent confondus. Le rapport drogue-extrait dit quelle quantité de matière première a été employée ; la teneur en silymarine en pour cent dit ce qui a fini dans l'extrait. « 20:1 avec 80 % de silymarine » est une indication de teneur, non un rapport de 80:1. Au bout du compte, seuls les milligrammes de silymarine par portion journalière sont comparables.
Pourquoi deux boîtes avec le même extrait affichent-elles des quantités différentes ? Parce que deux méthodes sont admises. La photométrie capte davantage que l'HPLC ; dans le rapport d'évaluation de l'EMA, 140 mg en photométrie correspondent à 108,2 mg en HPLC — environ 29 % d'écart pour un contenu identique.
La tisane de chardon-Marie contient-elle aussi de la silymarine ? Dans le fruit oui, dans l'infusion seulement pour une petite part : la silymarine est insoluble dans l'eau, l'eau chaude ne l'extrait quasiment pas. La monographie européenne recense les préparations pour tisane à raison de 3 à 5 g de fruits pour 100 ml comme une préparation à part entière — d'un autre ordre de grandeur qu'un extrait sec, et non un substitut de celui-ci.
À quoi reconnaît-on une déclaration exploitable ? Au fait que les trois indications y figurent : quantité d'extrait, rapport drogue-extrait et teneur en silymarine en milligrammes par portion journalière. Si la troisième manque, le produit n'est comparable à aucun autre.
Sources : Agence européenne des médicaments, rapport d'évaluation sur Silybum marianum (L.) Gaertn., fructus, EMA/HMPC/294188/2013 (5 juin 2018) — avec indications sur Ph. Eur. 01/2014:1860 et Ph. Eur. 01/2019:2071, sur la composition des produits autorisés dans l'UE ainsi que sur la pharmacocinétique (Saller et coll., 2001 ; Schandalik et coll., 1992) · monographie de l'UE EMA/HMPC/294187/2013 (5 juin 2018) · règlement (CE) n° 1924/2006.


