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Chardon-Marie : la plante, l'origine, les graines

Rédaction Futures Nutrition · 14 août 2026

Chardon-Marie : la plante, l'origine, les graines

Chardon-Marie : la plante, l'origine, les graines

Le chardon-Marie (Silybum marianum) est un chardon annuel à bisannuel du bassin méditerranéen, que l'on reconnaît de loin à ses feuilles marbrées de blanc. Des compléments n'utilisent pourtant qu'une petite partie de la plante entière : les fruits mûrs, appelés le plus souvent « graines » sur les étiquettes. Feuilles, tiges et capitules restent au champ — ils ne contiennent pas en quantité notable la substance dont il est question.

C'est là le cœur pratique de cet article. Devant le rayon, on trouve le chardon-Marie en tisane, en herbe, en huile et en extrait, et ces formes proviennent de parties différentes de la même plante. Quelle forme apporte combien de silymarine est expliqué dans Chardon-Marie : tisane, teinture, gélule ou comprimé ?. Ce qui se retrouve dans quelle forme se décide au champ et à la récolte — pas dans la publicité.

La plante : on ne la confond pas

Le chardon-Marie appartient aux astéracées (Asteraceae) et atteint 1 à 2 mètres de haut. La première année, il forme une rosette de feuilles ; les feuilles inférieures mesurent jusqu'à environ 0,5 mètre de long et 0,3 mètre de large, sont pennatilobées et portent au bord des épines dures et jaunâtres d'environ 5 millimètres. Les capitules mesurent 3 à 5 centimètres, sont sphériques à ovoïdes et entourés de bractées épineuses ; les bractées internes mesurent 25 à 30 millimètres et sont dépourvues d'épines. Les fleurons tubulés sont rouge violet, plus rarement blancs, et longs d'environ 30 millimètres. Floraison et fructification vont de mai à août (Zhang et al., Frontiers in Pharmacology 2024;15:1417655, PubMed 39055491).

Le signe de reconnaissance le plus sûr est le dessin des feuilles : des nervures blanches sur fond vert, comme si du lait avait coulé sur la feuille. C'est précisément de là que vient le nom — la tradition veut que du lait de la Vierge Marie soit tombé sur les feuilles. Les synonymes de la littérature spécialisée renvoient à la même image : St. Mary's thistle, Marian thistle, et botaniquement Carduus marianus L. (rapport d'évaluation de l'EMA, EMA/HMPC/294188/2013).

D'où il vient et où il pousse aujourd'hui

L'espèce est originaire d'Afrique du Nord, d'Europe du Sud, de Russie méridionale et d'Anatolie ; elle pousse aujourd'hui aussi en Australie du Sud ainsi qu'en Amérique du Nord et du Sud (Marmouzi et al., Journal of Ethnopharmacology 2021;265:113303, PubMed 32877720). Si elle s'est répandue si largement, c'est qu'elle est peu exigeante : elle supporte le froid, la sécheresse et les sols salés, et colonise friches, bords de chemins et pâturages. En Europe centrale, on la rencontre donc surtout à l'état subspontané, échappée des jardins ou sur des terrains remaniés.

Pour la culture, c'est à la fois un avantage et un problème. La plante pousse vite et dense — après environ deux mois, un peuplement forme une barrière infranchissable pour le bétail —, mais elle mûrit de façon inégale et les capitules mûrs s'ouvrent. Récolter trop tard, c'est perdre une partie des fruits au vent.

Capitule de chardon-Marie défleuri, aigrette sèche et fruits mûrs

Ce que l'on récolte : le fruit, pas la graine

Sur le plan botanique, ce qui est commercialisé n'est pas une graine mais un fruit sec indéhiscent — un akène. Il est fortement aplati, brillant, long de 6 à 8 millimètres, large d'environ 3 millimètres et épais de 1,5 millimètre, brun avec des stries longitudinales plus sombres ; en coupe, on voit deux grands cotylédons blancs et huileux. À l'extrémité supérieure se trouve une aigrette (pappus), le parachute de fines soies qui laisse le vent emporter le fruit.

L'aigrette n'est pas un détail mais un critère de qualité : la monographie de la Pharmacopée européenne (Ph. Eur. 01/2014:1860, « Fruit de chardon-Marie ») exige le fruit mûr débarrassé de son aigrette et une teneur d'au moins 1,5 % de silymarine, calculée en silibinine. Qui récolte lui-même a donc deux étapes de travail que le négoce de matières premières fait à la machine — et aucun moyen de contrôler la teneur.

Fleurs de chardon-Marie et aigrettes mûres à contre-jour

Si les emballages portent malgré tout « graines de chardon-Marie », c'est pur usage : le commerce appelle le fruit graine depuis toujours, et la liste des ingrédients suit. Cela ne change rien à la chose — il s'agit toujours du même akène.

Partie de la planteCe qu'elle contientÀ quoi elle sert
Fruits mûrs (« graines »)Silymarine, huile grasse, protéinesExtraits, tisane, huile alimentaire
Jeunes feuillespas de flavonolignanes notablestraditionnellement comme légume
Capitules, tigesaucun usage dans le complément
Tourteau après pressageAmidon, protéinesAlimentation animale

Ce que contient le fruit

La composition du fruit est bien étudiée. Les fourchettes suivantes proviennent du rapport d'évaluation de l'EMA et de la revue de 2024 :

ConstituantPart du fruit secRemarque
Flavonolignanes (silymarine)1,3–3 %silibinine A/B, isosilibinine A/B, silicristine, silidianine
Huile grasse20–30 % (valeurs de la littérature jusqu'à 35 %)acide linoléique 35–55 %, acide oléique 24–30 %, acide palmitique 8–12 %
Protéinesenviron 20 %base de la farine protéique issue du tourteau
Amidonenviron 30 %subsiste après l'extraction
Phytostérols0,2–0,6 %surtout β-sitostérol

Deux de ces chiffres expliquent les écarts de prix en rayon. Premièrement : la silymarine n'est pas une substance unique mais un mélange de plus de 20 flavonolignanes décrits — le rapport entre isomères d'un extrait dépend du procédé ; ce que cela signifie pour le chiffre imprimé sur l'emballage figure dans Chardon-Marie 20:1 ou 80 % : ce que dit l'étiquette. Deuxièmement : avec 1,3 à 3 % dans le fruit, il faut concentrer fortement avant d'obtenir un extrait qui tienne dans un comprimé.

C'est exactement ce que décrit le rapport plante-extrait. La monographie de la pharmacopée pour l'extrait sec raffiné et standardisé (Ph. Eur. 01/2019:2071) prévoit une teneur en silymarine comprise entre 30 et 65 % ; les extraits destinés aux compléments alimentaires ne relèvent pas de cette monographie, d'où d'autres teneurs déclarées. Notre propre préparation en est un exemple : elle déclare un extrait de graines de chardon-Marie 20:1 à 80 % de silymarine, soit 100 mg de silymarine par comprimé, plus 100 mg d'inuline de racine de chicorée.

Chardon-Marie silymarine plus inuline – 120 comprimés

Usage traditionnel : foie et bile, depuis l'Antiquité

Le chardon-Marie est l'une des plantes médicinales les mieux documentées d'Europe. Le rapport d'évaluation de l'EMA résume que des préparations de la plante sont utilisées depuis l'époque gréco-romaine et que des médecins aux États-Unis, à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, employaient des préparations des fruits pour des troubles du foie, de la rate et des reins. La monographie de la Commission E allemande de 1986 décrit une infusion (3,5 g de fruits pour 150 ml d'eau), une décoction (3,0 g pour 150 ml) et une teinture.

Tout ce qui a été transmis n'a pas tenu. La monographie de l'OMS de 2002 range expressément toute une série d'usages populaires parmi ceux qui ne sont pas étayés par des données, dont le rhume des foins, la constipation et les varices. De telles listes sont un correctif utile : l'usage traditionnel est une donnée historique, pas une preuve.

Aujourd'hui, deux cadres juridiques distincts coexistent pour la même plante, et cela explique pourquoi deux boîtes du même rayon sont étiquetées si différemment :

  • En tant que médicament traditionnel à base de plantes, une préparation de fruits de chardon-Marie peut être enregistrée. La monographie européenne du comité des médicaments à base de plantes (HMPC) de l'Agence européenne des médicaments du 5 juin 2018 (EMA/HMPC/294187/2013) cite pour cela des préparations pour tisane (3–5 g pour 100 ml, deux à trois fois par jour avant les repas) et des extraits secs avec des rapports plante-extrait de 20:1 à 70:1. Un tel médicament peut porter une indication sur l'étiquette.
  • En tant que complément alimentaire, non. Pour le chardon-Marie et la silymarine, il n'existe aucune allégation de santé autorisée au titre du règlement (CE) nº 1924/2006 ; les demandes portant sur des substances végétales sont en attente (« on hold ») depuis des années. Un complément alimentaire au chardon-Marie décrit donc ce qu'il contient — et ne dit rien de ce qu'il est censé faire. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain.

Pour savoir quelles préparations de notre gamme relèvent de ce sujet, voyez la catégorie foie.

Huile, légume, plante mellifère : les autres usages

Comme le fruit est composé pour un quart à un tiers d'huile, il est aussi pressé. L'huile de chardon-Marie pressée à froid est riche en acide linoléique et contient des tocophérols ; le tourteau restant, avec environ 30 % d'amidon et 20 % de protéines, part à l'alimentation animale. Les jeunes feuilles étaient traditionnellement consommées comme légume — débarrassées de leurs épines, un peu comme la bette. Et parce que la plante fleurit longtemps et abondamment, elle passe pour une plante mellifère généreuse (Zhang et al. 2024).

Ce ne sont pas des notes de bas de page, mais la raison pour laquelle le chardon-Marie est commercialisé en plusieurs qualités : graine oléagineuse, aliment pour animaux et matière première d'extraction n'ont pas les mêmes exigences de maturité, de propreté et de teneur en silymarine.

Ce qui figure sur l'emballage — et pourquoi

La monographie européenne de 2018 énonce, pour les préparations de fruits de chardon-Marie, une contre-indication et plusieurs mises en garde que l'on retrouve dans l'étiquetage des compléments alimentaires :

  • L'hypersensibilité aux plantes de la famille des astéracées est une contre-indication — qui réagit à l'armoise, à la camomille ou à l'ambroisie sera prudent ici.
  • L'usage chez l'enfant et l'adolescent de moins de 18 ans n'est pas documenté faute de données et n'est pas recommandé.
  • Pour la grossesse et l'allaitement, les données sont insuffisantes ; l'usage n'est pas recommandé.
  • Parmi les effets indésirables décrits figurent de légers troubles gastro-intestinaux (bouche sèche, nausées, diarrhée), des maux de tête et des réactions allergiques ; la fréquence n'est pas connue.

Notre boîte porte les mêmes restrictions — non par ornement, mais parce qu'elles font partie de la plante.

Questions fréquentes

Pourquoi l'étiquette dit-elle « graines » alors que ce sont des fruits ? Parce que le commerce appelle les akènes graines depuis toujours et que la liste des ingrédients suit cet usage. « Fruit » serait botaniquement correct ; la Pharmacopée européenne inscrit d'ailleurs la drogue sous le nom de fruit de chardon-Marie.

Peut-on cultiver le chardon-Marie au jardin et le récolter soi-même ? Le cultiver, oui — la plante est peu exigeante et se conduit en annuelle. Pour un complément, la récolte personnelle ne sert pourtant guère : les fruits mûrissent de façon inégale, l'aigrette doit être retirée, et la teneur en silymarine varie selon la variété, le lieu et la date de récolte. La pharmacopée exige au moins 1,5 % — cela ne se vérifie pas à la maison.

Le chardon-Marie est-il apparenté à l'artichaut ? Tous deux appartiennent aux astéracées et sont des chardons au sens large, mais ce sont des genres différents (Silybum et Cynara) aux constituants tout autres : la silymarine se trouve dans le fruit du chardon-Marie, les principes amers de l'artichaut dans ses feuilles.

Pourquoi une boîte de pharmacie en dit-elle plus qu'un complément alimentaire ? Parce qu'il s'agit de deux cadres juridiques. Un produit enregistré comme médicament traditionnel à base de plantes peut mentionner une indication ; un complément alimentaire ne le peut qu'avec une allégation de santé autorisée — et pour le chardon-Marie, il n'en existe aucune.

Sources : Agence européenne des médicaments, monographie européenne sur Silybum marianum (L.) Gaertn., fructus, EMA/HMPC/294187/2013 (5 juin 2018) · rapport d'évaluation correspondant, EMA/HMPC/294188/2013 (avec indications sur Ph. Eur. 01/2014:1860, Ph. Eur. 01/2019:2071, Commission E 1986, ESCOP 2009, OMS 2002) · Zhang X et al., Frontiers in Pharmacology 2024;15:1417655 (PubMed 39055491) · Marmouzi I et al., Journal of Ethnopharmacology 2021;265:113303 (PubMed 32877720) · règlement (CE) nº 1924/2006 · règlement (UE) nº 432/2012.